
Histoire du Grand Raid de la Marche des Cimes à la Diagonale des Fous
Le 28 octobre 1989, 500 pionniers s'élancent du Barachois pour traverser La Réunion du nord au sud. Trente-sept éditions plus tard, la course fait 180 km et 10 200 m de dénivelé. Voici leur histoire.
Le Grand Raid est né le 28 octobre 1989, sous le nom de « Marche des Cimes ». Ce jour-là, entre 500 et 550 pionniers s'élancent du Barachois, à Saint-Denis, pour rejoindre Le Tremblet, à Saint-Philippe : 112 km et 5 400 m de dénivelé positif, en traversant La Réunion du nord au sud. La course a changé trois fois de nom avant de devenir « le Grand Raid » en 1994. Elle a aussi changé de tracé presque chaque année — et c'est le relief de l'île qui l'a imposé.
Pour comprendre cette histoire, il faut la lire à la verticale : c'est ce que permet la carte 3D du relief réunionnais, où l'on voit les remparts que les coureurs franchissent depuis 1989.

Le Grand Raid en chiffres
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Première édition | 28 octobre 1989, sous le nom de « Marche des Cimes » |
| Fondateurs | Jean-Jacques Mollaret et Didier Le Méhauté |
| Distance de la 1re édition | 112 km, 5 400 m de dénivelé positif |
| Édition 2026 (38e) | 180 km, 10 200 m de dénivelé positif |
| Course reine | La Diagonale des Fous, 180 km en 2026 |
| Autres courses | Trail de Bourbon, Mascareignes, Métis Trail, Zembrocal Trail |
| Barrière horaire (Diagonale) | 66 h |
| Recordwoman de victoires | Marcelle Puy, 5 succès |
| Meilleur temps format moderne | François D'Haene, 22 h 58 min 30 s (2013, 165 km) |
| Meilleur temps féminin | Courtney Dauwalter, 24 h 37 min 47 s (2022, 165 km) |
| Classement international | Un des quatre « monuments » de l'ultra-trail, avec la Western States, la Hardrock 100 et l'UTMB |
1989 : la Marche des Cimes, une course née d'un pari
Le précédent : le Cross du Piton des Neiges (1988)
L'histoire commence un an avant le Grand Raid. Jean-Jacques Mollaret, alors directeur de la Maison de la montagne à Cilaos, organise en 1988 la première course de montagne de La Réunion — l'une des premières en France — le Cross du Piton des Neiges, jumelé avec le Cross du Mont-Blanc à Chamonix. Ancien capitaine de la compagnie de gendarmerie de Chamonix, ex-patron du PGHM (secours en montagne) et commandant de la brigade de Saint-Pierre, Mollaret est l'artisan du jumelage entre Cilaos et Chamonix.
Une question lui reste en tête : la traversée de La Réunion non-stop est-elle humainement réalisable ? Il confie le test à son ami Roger Fagonde, qui sert de « cobaye » sur les sentiers de l'île. La réponse est positive.
« On a prouvé qu'un homme pouvait réaliser plus d'une centaine de kilomètres entre 20 et 30 heures. Et après, on a lâché les locomotives sur les sentiers… »
La première édition est imaginée par Mollaret et Didier Le Méhauté. Mollaret mourra dans une avalanche à Foux d'Allos, dans les Alpes du Sud, en 1992 — trois ans après avoir lancé sa course.
Cinq cents pionniers sur 112 km

Le samedi 28 octobre 1989, le départ est donné au Barachois, à Saint-Denis. L'arrivée est jugée au Tremblet, à Saint-Philippe. C'est la seule édition de l'histoire courue du nord au sud : tous les tracés suivants partiront du sud pour remonter vers Saint-Denis. La barrière horaire est fixée à 58 heures.
Les partants ne ressemblent pas aux traileurs d'aujourd'hui. Ils partent en autosuffisance alimentaire pour plusieurs jours, avec des sacs pouvant peser jusqu'à 20 kg. Sportifs de haut niveau et randonneurs du dimanche se retrouvent sur la même ligne.
Le gendarme Gilles Trousselier remporte cette première édition en 16 h 02 min. Chez les femmes, Marie-Thérèse Maussion s'impose en 25 h 40 min — et termine 21e au classement général, hommes et femmes confondus. Environ 313 coureurs franchissent la ligne.
« Les Réunionnais ont pris conscience qu'en allant découvrir leur île à travers les sentiers, ils découvriraient aussi une identité très marquée qui leur appartenait. Ils disent que quand ils courent, ils ont l'impression d'être habités, de revivre ce qu'ont vécu les esclaves à leur époque. »
— Mickaël Mussard, auteur de Grand Raid de La Réunion, une histoire de fous (Solar, 2019)

Quatre noms pour une même course
La course a porté quatre noms en cinq ans. C'est l'une des particularités de son histoire : le Grand Raid n'a pas été baptisé « Grand Raid » dès le départ.
| Années | Nom de l'épreuve |
|---|---|
| 1989 | La Marche des Cimes |
| 1990 – 1992 | La Grande Traversée |
| 1993 | La Course de la Pleine Lune |
| depuis 1994 | Le Grand Raid |
Le surnom « Diagonale des Fous » apparaît en 1994 et désigne la course reine. L'association organisatrice est créée en 1993 ; elle sera présidée par Robert Chicaud de 1996 à 2021, soit 25 ans. C'est cette structure qui a donné au Grand Raid sa stabilité, alors que le parcours, lui, n'a jamais cessé de bouger.
Pourquoi le tracé n'a jamais cessé de changer
La distance de la Diagonale est passée de 112 km en 1989 à 180 km en 2026 : +60 % en trente-sept éditions. Le dénivelé positif a presque doublé. Aucune autre grande course d'ultra-trail ne présente une variabilité comparable.
| Année | Distance | Dénivelé + | Parcours |
|---|---|---|---|
| 1989 | 112 km | 5 400 m | Saint-Denis → Le Tremblet |
| 1993 | 129 km | 6 600 m | Saint-Philippe → La Possession |
| 1997 | 125 km | 7 900 m | Saint-Philippe → La Grande Chaloupe |
| 2003 | 130 km | 8 000 m | Saint-Philippe → Saint-Denis |
| 2007 | 150 km | 9 200 m | Saint-Philippe → Saint-Denis |
| 2010 | 163 km | 9 500 m | Saint-Philippe → Saint-Denis |
| 2012 | 170 km | 10 845 m | Saint-Philippe → Saint-Denis |
| 2013 | 165 km | ~10 000 m | Saint-Pierre → Saint-Denis |
| 2017 | 165 km | 9 700 m | Saint-Pierre → Saint-Denis |
| 2022 | 165 km | 10 200 m | Saint-Pierre → Saint-Denis |
| 2026 | 180 km | 10 200 m | Saint-Pierre → Saint-Denis |
Trois familles de raisons expliquent ces mouvements, et les trois renvoient au même problème : la course est tracée dans un relief qui ne pardonne pas.
1. Sécurité et sentiers
En 2020, des incendies fragilisent les remparts du Maïdo. L'édition 2021 doit contourner la zone : le parcours perd plusieurs kilomètres.
2. Arbitrages de l'organisation
En 2022, le tracé est rallongé de 5 km pour aligner l'épreuve sur les standards internationaux. En 2026, Cilaos sort au profit de Salazie.
3. L'ambition du moment
Pour ses 20 ans, en 2012, l'organisation propose le tracé le plus dur : 170 km, 10 845 m D+. Le taux d'abandon atteint 48 %.

La conséquence est mécanique : il n'existe pas de record officiel de la Diagonale des Fous. Un chrono de 1995 couru sur 121 km ne se compare pas à un chrono de 2026 couru sur 180 km. Le meilleur temps absolu de l'histoire appartient à Jean-Philippe Marie-Louise — 14 h 41 min en 1995 — mais sur un parcours de 59 km plus court que celui d'aujourd'hui.
Les champions qui ont écrit la légende

Les hommes
Quatre hommes ont marqué l'épreuve. Gilles Trousselier remporte les trois premières éditions (1989, 1990). Jean-Philippe Marie-Louise enchaîne ensuite quatre victoires (1992, 1994, 1995, 1996), dont son record absolu de 1995. Patrick Maffre en totalise trois. Et François D'Haene en décroche quatre (2013, 2014, 2016, 2018).
Les femmes

Marcelle Puy détient le record absolu de victoires, hommes et femmes confondus : cinq succès (1995, 2002, 2007, 2008, 2010). Le meilleur temps féminin de l'histoire appartient à l'Américaine Courtney Dauwalter : 24 h 37 min 47 s en 2022, sur le format de 165 km. Elle avait terminé 4e au classement général.
Attention : de nombreux articles attribuent le record féminin à Andrea Huser (26 h 34 min 52 s, 2017). C'est le meilleur temps féminin avant Courtney Dauwalter, pas le meilleur temps tout court. Dauwalter a couru près de deux heures plus vite, sur un parcours de même longueur.
| Repère | Athlète | Performance |
|---|---|---|
| Plus de victoires (toutes catégories) | Marcelle Puy | 5 (1995, 2002, 2007, 2008, 2010) |
| Meilleur temps absolu | Jean-Philippe Marie-Louise | 14 h 41 min (1995, ~121 km) |
| Meilleur temps, format moderne 165 km | François D'Haene | 22 h 58 min 30 s (2013) |
| Meilleur temps féminin | Courtney Dauwalter | 24 h 37 min 47 s (2022) |
| Meilleure place féminine au général | Courtney Dauwalter | 4e (2022) |
Les ex aequo
Cinq éditions ont désigné deux vainqueurs : 1991, 2000, 2006, 2018 et 2021. La plus célèbre reste 2018, où François D'Haene et Benoît Girondel franchissent la ligne ensemble. Le règlement a été modifié en 2022 pour éviter que cela se reproduise : en cas d'égalité, la victoire revient au plus âgé des deux.
Les dates qui ont marqué l'épreuve
Le Grand Raid n'est pas resté une course unique. Il est devenu une semaine de trail, avec cinq épreuves aujourd'hui.
Cross du Piton des Neiges, première course de montagne de La Réunion
1re édition, « La Marche des Cimes »
Arrivée main dans la main de Trousselier et Maffre
Création de l'association organisatrice ; « Course de la Pleine Lune »
La course devient « Le Grand Raid » ; naissance du surnom « Diagonale des Fous »
Création du Semi-Raid, futur Trail de Bourbon
Création de la Mascareignes
20 ans : tracé le plus dur jamais conçu, 48 % d'abandons
Création du Zembrocal Trail, course en relais
32e édition annulée pour cause de Covid-19
Parcours raccourci après les incendies du Maïdo
Création du Métis Trail (50 km) ; 3 000 participants
38e édition, 180 km — la plus longue de l'histoire
L'épreuve a quitté l'Ultra-Trail World Tour après 2017 : l'organisation a choisi de rester associative plutôt que de s'inscrire dans un circuit commercial. Aujourd'hui, le Grand Raid fait partie des quatre « monuments » de l'ultra-trail, avec la Western States, la Hardrock 100 et l'Ultra-Trail du Mont-Blanc. Les règlements et les tracés officiels sont publiés sur le site officiel du Grand Raid.
Lire le Grand Raid par son relief
Toute l'histoire de la course tient dans un fait géographique : La Réunion réunit, sur 2 512 km², trois cirques effondrés, deux volcans et des remparts de basalte qui tombent à pic. Le Grand Raid consiste à traverser cet ensemble d'un bout à l'autre à pied.

Les coureurs franchissent le massif du Piton de la Fournaise au départ, puis remontent par la Plaine des Cafres et les remparts intérieurs jusqu'à Saint-Denis. Selon les années, le tracé plonge dans le cirque de Mafate — où l'on n'entre ni en voiture ni en bus, seulement à pied ou en hélicoptère — ou dans celui de Salazie, et plus rarement dans Cilaos. Chaque bascule change la nature de la course : le fond de Mafate est à 700 m d'altitude, ses crêtes culminent à 2 300 m.
Visualisez le relief en 3D
La lecture du relief reste la meilleure façon de comprendre l'ampleur de l'exploit. Le relief en 3 dimensions montre ce qu'une carte en deux dimensions aplatit : la profondeur réelle des cirques, la raideur des remparts, les 10 000 m de dénivelé cumulé.
Ouvrir la carte 3DLes articles détaillés sur le cirque de Mafate, celui de Salazie et celui de Cilaos détaillent chaque secteur traversé.
Trois morts sur les sentiers
L'histoire du Grand Raid n'est pas seulement sportive. Trois coureurs sont morts depuis 1989.
| Année | Nom | Circonstance |
|---|---|---|
| 2002 | Gérard Bordage | Arrêt cardiaque dans la descente du coteau Kervéguen |
| 2002 | Guus Smit (Pays-Bas) | Chute dans le rempart de la Roche Écrite |
| 2012 | Thierry Delaprez | Chute dans un ravin au niveau du col de Fourche |
Ces accidents ont pesé sur l'organisation des éditions suivantes : renforcement des points de secours, contrôle de l'équipement obligatoire, modification de portions de tracé jugées trop exposées — comme la descente du coteau Kervéguen, retirée du parcours.
Le Grand Raid aujourd'hui : l'édition 2026
La 38e édition se court du 15 au 18 octobre 2026. Le départ de la Diagonale est donné le jeudi soir à 22 h, depuis la Ravine Blanche, à Saint-Pierre. L'arrivée est jugée au stade de La Redoute, à Saint-Denis.
Depuis 2024, l'accès est limité par tirage au sort, effectué par huissier. L'édition 2026 est la plus longue jamais courue : 180 km, contre 112 km en 1989. L'organisation précise que le tracé reste susceptible d'évoluer jusqu'au départ, certains passages empruntant des terrains privés ouverts uniquement le jour de la course.
Questions fréquentes
En résumé

- Le Grand Raid est né le 28 octobre 1989 sous le nom de « Marche des Cimes » : 112 km, 5 400 m de dénivelé, du Barachois à Saint-Denis au Tremblet à Saint-Philippe.
- Il a porté quatre noms en cinq ans et s'appelle « Grand Raid » depuis 1994 ; le surnom « Diagonale des Fous » date de la même année.
- Son tracé a changé presque chaque année parce qu'il traverse le relief le plus accidenté de l'île : incendies, cyclones, remparts fragilisés, terrains privés.
- La distance est passée de 112 km en 1989 à 180 km en 2026, le dénivelé positif de 5 400 m à 10 200 m.
- Marcelle Puy détient le record de victoires (5) ; François D'Haene le meilleur temps du format moderne ; Courtney Dauwalter le meilleur temps féminin.
- La 38e édition se court du 15 au 18 octobre 2026, sans Cilaos, par Salazie.
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